2ème Prix - catégorie "Texte" - Concours de création en français 2026
Meryem AYAD (Algérie)
Nîmes Université
Ma chère Occitanie,
Je t’écris une deuxième et sûrement dernière lettre que tu liras peut-être.
Une lettre dans laquelle je mets tout mon être, où je t’écris et te renvoie à chaque endroit où j’ai pu être.
Cette année, j’ai réuni plus de souvenirs que de photos, alors j’espère qu’encore une fois tu te contenteras de mes simples mots, qu’ils te feront voyager comme mon âme, et te marqueront comme mon esprit l’a été.
J’espère qu’ils te baladeront entre la Méditerranée et les montagnes des Pyrénées, qu’ils te transmettront mes émotions : le chagrin et le bonheur de chaque moment.
Comme on a traversé les fêtes, les tempêtes, que ce soit de Noël, du Nouvel An ou encore des inondations. Cette année, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, allant jusqu’à couler des maisons, et dans les moments les plus durs cela a réuni tes habitants. Ils se sont entraidés pour se reconstruire et se battre contre vents et marées. On a connu la vigilance orange, rouge, les alertes. On a subi des pertes, mais fortes étaient, et sont encore, tes fondations.
Après cela, un peu plus tard, plus haut dans le ciel, a brillé ton soleil. Comme on dit, après la tempête, le beau temps, ce moment où te découvrir devient encore plus tentant.
Ces jours où l’on veut se vider la tête, sans vider son compte.
Alors la Toscane de l’Occitanie fait de l’ombre à celle de l’Italie.
Je te parle bien d’Albi, avec son jardin du palais des brebis, un paysage à couper le souffle tant les yeux sont gâtés par sa beauté. Je te parle d’arrêter de faire la course au temps, d’oublier ce qu’il y a à faire, de simplement courir sur les berges du Tarn, se poser devant les panneaux des légendes de l’Échappée verte pour reprendre son souffle, puis repartir de plus belle.
Et sans aucun répit, je reprends le train, pleine d’entrain, avec cette soif de te découvrir, de marquer ma mémoire de chaque endroit de ta région, de connaître ton patrimoine, tes légendes, ta gastronomie. Me remplir la tête d’histoires jusqu’à l’insomnie pour revivre encore et encore mes journées bien remplies, même dans mon lit.
Et à l’aube, monter dans tes trains rouges qui voient défiler les paysages verts sans faire de pause, direction la Ville rose.
Je me retrouve à Toulouse.
Un coup, je m’envole à la Cité de l’espace : une prise de conscience de l’immensité de l’univers, de n’être qu’un petit grain de sable entre les galaxies, que tout est plus grand vu d’ici.
Un coup, je retombe sur mes pieds et marche sur les traces des capitouls. Je redessine ta croix au sol de la place du Capitole, celle qui accueille les manifestants, le peuple des révolutions. Cette fois, je me rends compte que l’homme est grand par ses accomplissements.
Mais ce que j’aime dans les grandes villes, ce sont les petites ruelles, celles qui se ressemblent, celles qui rassemblent. Celles qui sont toutes reliées, comme dans le quartier de l’Écusson, à Montpellier, où je vais souvent me balader, prendre un café dans une vieille ruelle, acheter un livre d’une autre époque, découvrir de nouveaux mots et enrichir mon vocabulaire de ta langue.
Et si l’année dernière je t’ai parlé de mon premier Noël, cette fois c’est ma première dinde fourrée où je me suis remarquablement gourée, manque d’expérience. Je te dirais que, dans la famille des volatiles, je suis le pigeon qui achète sa dinde la veille de Noël, la marine le matin et traumatise les papilles de toute une famille le soir même.
Mais au-delà de tout ce que j’ai eu la chance de voir, il y a aussi ce que j’ai pu vivre et ressentir, ce que parfois j’ai du mal à décrire. Ces sentiments qui nous marquent à jamais, surtout quand on est étrangère, déracinée. Ces sensations de vide qui semblent impossibles à combler. On transporte ses racines comme un bagage qu’on traîne : nos souvenirs, nos espoirs, nos cultures.
Pour moi, c’est tout ce que j’ai emporté des montagnes de Kabylie jusqu’ici, ces mêmes racines que j’ai arrachées de mes mains.
Moi, ma chère Occitanie, chaque année j’arrose mes racines des paysages que je découvre, des moments que je vis, des expériences de vie de cette nouvelle aventure, de cette nouvelle culture. J’apprends à mieux te connaître pour mieux m’instruire et, un jour, fleurir en les plantant en toi.
Mais à côté de tout ça, cette année, il y a eu l’inauguration de la ruelle Matoub Lounès à Montpellier, un hommage à un homme qui, dans notre histoire, est un pilier : un rebelle qui a toujours refusé de ployer le genou, quitte à mourir debout.
Ce moment fut comme un parfum de chez moi, un peu de ma Kabylie en toi, mon Occitanie.
C’était un rappel qu’il n’y a de frontières à la culture que les esprits étroits. C’est un message fort que tu renvoies : celui qu’on est partout chez soi, tant qu’on chérit cet endroit.
Alors merci, ma chère Occitanie, pour ce chez-nous.